UNE BALADE À BISKRA



Il y a quelques temps, l’entreprise dans laquelle je travaillais venait de recruter quelques personnes des villes du nord, de jeunes gens n’ayant jamais mis les pieds dans ma ville ; Biskra, l’un d’eux me confia plus tard que lui et ses amis s’étaient imaginé travailler dans une oasis entourée de sable et de chameaux, habiter des tentes équipées de WIFI et savourer des dattes à longueur de journée, j’avais trouvé ça fort amusant !

J’ai compris par la suite que beaucoup de personnes associaient le nom de Biskra uniquement aux dattes et à la fameuse Chakhchoukha, que c’est injuste et ingrat à l’égard de cette ville ! Ceux qui ont eu la chance de la visiter au moins une fois, vous diront que la réputation de Biskra ne s’est pas faite qu’avec sa production de dattes, ou sa richesse gastronomique, l’histoire et les caractéristiques géographiques de cette région ont contribué à en faire La Reine des Zibans !

Si vous faites partie de ces personnes là, laissez-moi-vous proposer une petite balade, loin des informations en chiffres et en pourcentages des sites qui ne parlent de Biskra que d’un point de vue stratégique ou économique. Attachez vos ceintures, et laissez vous séduire par un patrimoine riche de traditions et de saveurs…



Bienvenue à Biskra ; la ville ou l’hospitalité des habitants est sans limite, et inégalée à toute autre, l’invité chez un Biskri a un statut très spécifique, il doit être honoré, et mis à l’aise par tous les moyens, d’ailleurs l’une des traditions des Biskris , est d’offrir un ou plusieurs cadeaux à celui qui vient chez eux pour la toute première fois, et de l’asperger de parfum au moment de son départ, ma grand-mère gardait toujours un flacon d’eau de Cologne pour cet usage, ma mère en fait autant. Les traditions comme celle-ci se transmettent encore d’une génération à l’autre, la générosité aussi, une invitation pour déjeuner inclut aussi celle de prendre un thé à la menthe avec des cacahuètes après le repas et le café vers 16h accompagné de Makrouds, ces délicieux losanges de semoule fourrés à la pâte de dattes et trempés dans du miel, le roi de la table chez les Biskris. Et si l’invité est une femme, qui passe la nuit pour la première fois dans un foyer Biskri, cette dernière aura droit à une petite cérémonie de Henné, identique à celle organisée pour un nouveau né, considéré lui aussi comme invité.

Qui dit traditions, dit gastronomie, nul ne peut nier la richesse et la diversité de la cuisine de Biskra, pourtant ; tout le monde ne semble connaître que la Chakhchoukha ou la Doubara qui- au passage- est une recette abandonnée par les habitants de Oued Souf, reprise par les Biskris et améliorée pour en faire le plat épicé que vous connaissez tous. La Chakhchoukha, quant à elle, n’est qu’une variété d’une large catégorie de plats nommés L’Msaguia, autrement dit : Arrosée ; L’Msaguia est toute recette faite à base d’une galette et d’une sauce versée dessus, je n’ai jamais compté le nombre de recettes de Msaguia qui existe, mais rien qu’en me rappelant celles que j’ai vu ma mère ou ma grand-mère préparer, je sais qu’il y en a plus de Dix, d’ailleurs il m’est impossible d’en parler ici en quelques lignes , je suis tellement passionnée par le patrimoine gastronomique de ma région, que je me sens dans le devoir de lui consacrer tout un article ! Imaginez un voyage des sens à travers la cuisine et les épices de Biskra ? D’ailleurs le marché d’épices est un endroit que j’affectionne beaucoup, Zguegue Beramdan est un marché connu dans la région, dès l’entrée on y constate une ambiance orientale digne des mille et une nuits, et ce qui m’y plait vraiment c’est l’organisation improvisée des magasins : si vous cherchez à acheter des souvenirs ou de la fourniture de couture, on vous dira d’aller vers Roud Echawia, imaginez toute une rue bordée de magasins qui vendent la même catégorie de produits mais pas les mêmes marchandises ? Pareil pour les épices ; Rod El Aachaba, la rue des vendeurs d’herbes et épices, c’est de loin l’endroit le plus coloré du marché, et si vous ne vous y connaissez pas en noms et utilisations, il suffit de demander aux vendeurs, ils se feront un plaisir de vous expliquer à quoi sert chaque épice, comment l’utiliser, ses bienfaits, bref tout ce qu’il vous faut savoir sans que vous ayez besoin de faire de la recherche.



Certaines choses n’ont pas changé à Biskra, ces quelques traditions, la générosité de ses habitants, Zguegue Beramdane, mais d’autres ne sont plus ce qu’elles étaient avant. Fut un temps ou les palmeraies couvraient plus de la moitié de la surface de la ville, quand j’étais jeune , ma grand-mère me parlait souvent des jardins de son père du côté de Feliache (vers les années 20) les gens donnaient de l’importance au palmier sans pour autant compter dessus comme source de revenues, mais les choses ont bien changé depuis, l’expansion de la ville a contribué à la réduction des espaces verts, moins de palmerais, plus de constructions et de route, Biskra d’aujourd’hui est une ville moderne avec tous les inconvénients d’une cité du désert, mais que cela ne vous empêche pas de prendre un ticket de bus et de vous lancer dans l’aventure . On se voit à Biskra Alors !


Article par : Salsabil