UN RITUEL, UNE COUTUME, UNE HISTOIRE AU CŒUR DES AURÈS


Il faisait beau, le ciel était ensoleillé ; il était temps pour moi de faire une petite escapade, mais pour où aller ? …

Je me baladais un bon matin au cœur d’une vaste vallée fluviale, des ruelles bordées de maisons basses et allongées, entourées par des roches insolites, éclairées par les rayons du soleil qui se couchaient sur des montagnes paisibles et donnaient l'impression d'avoir quitté la planète terre. Le théâtre qu’offre la diversité de la beauté raffinée de la terre ouverte, celle-ci trahissait au ventre des brunes crevasses quelques soupçons de verdure tellement doux et tellement paisibles à l'œil. Ce paysage s’étend pendant toutes les saisons où les oiseaux viennent couver, leur série de petits cris sonores annonce l’euphorie et le contentement de l’existence. Ici, nous sommes au beau milieu des AURÈS, au pied des montagnes, le soleil étreint les arbres de ses éclats dorés et flamboyants, ces arbres millénaires qui veillent sur une terre grasse à peine remuée reposant sur une brume de parfum de femmes et qui doucement se décomposent en pied de l’olivier ou du palmier. J’étais émue face à cette étonnante somptuosité de ce tableau qui ne saurait s'énoncer dans les langues humaines, c’était là que les moudjahidine ont tiré la première balle, signe du déclenchement de la révolution algérienne.



J’ai découvert que ma région possède des coutumes et des traditions qui se manifestent dans nos habits, l’art culinaire, les festivités qui sont le produit d’une culture millénaire qui a trempé l’imaginaire et l’identité des habitants portant des valeurs telles que le partage, l’hospitalité ou le respect mutuel et notamment la population féminine des monts de l’Aurès ; femmes Chaouias selon qu’elles soient sédentaires ou nomades , vêtues de tenus traditionnelles qui attirent l’attention sur elles, La robe chaoui “ el malhfa “un élément vestimentaire indispensable porté par la femme chaouie , c’est une robe de couleur sombre généralement noire, En dessous, elle porte une chemise en cotonnade de couleur unie, avec des manches amples et coupées en un métrage de la femme qui le porte,conçue de telle sorte à montrer la femme dans ses beaux atouts. ces femmes sont dotées d'une grande sagesse , une grâce et une sensualité discrètes , connues par la magnificence de leurs traits, de leurs grands yeux hypnotiques en amande mis en valeur, et surtout de leur tatouages faciaux , des embellissements tracés dans la chair qui racontent de différentes histoires par celles que l’on nomme « adasiyat », des femmes appartenant à des populations nomades originaires du Sahara algérien. a l'époque et pendant la colonisation , les jeunes filles se tatouaient le visage pour cacher leur beauté et pour se rendre moins jolies aux regards des militants français pour échapper le risque d'être prises par eux. comme il y’a d’autres filles qui se tatouaient le visage avec des symboles qui racontent leur vécus , qu’ils soient joyeux ou tristes.


© Hocine Ammari

Chez nous, les journées symboliques caractérisent l’année à l’exemple de « lilt ibrir » la première nuit d’avril consacrée à la fête du beurre ou bien la fête du printemps, celle-ci est ravivée par toutes les familles qui sortent accueillir le printemps dans les prés, les champs et les forêts tout en préparant par la suite des plats et des gâteaux sous formes de losanges, je vous parle d'une douceur parfumée et bien délicieuse «Lebradj » , avec uniquement des ingrédients naturels: de la semoule de blé ou d'orge, du miel, du beurre, des oeufs et la datte écrasée. Il est généralement servi en dessert accompagné de lben ou de rayeb.

Tout ça rien que pour montrer que le printemps est la meilleure des saisons. une période particulièrement euphorique: les journées sont plus longues , plus ensoleillées et encore plus belles.

Ou bien encore le premier mars où l’Auressienne allume à l’aube dans ses jardins de grands feux qui inonderont de leur fumée champs et vergers comme présage des bonnes cueillettes et des variétés précoces de légumes et fruits parce il s'avère que c’est le meilleur moment de récolte de l’année.


© Hocine Ammari

Et comme chaque année une porte s’ouvre sur le nouvel an berbère, même si dans les grandes villes et les milieux citadins du pays chaoui certaines rites liés à « Yennar » sont tombés en ringardise, dans les campagnes par contre, ces mœurs qui entourent la fête de Yennar demeurent jusqu’à présent inaltérées, ils sont contemplés avec la même rigueur depuis des siècles .

Je dois vous admettre que je suis impressionnée par Les Auressiennes, plus précisément celles vivant dans les régions montagneuses d’Arris, de Menaâ, de Theniet El Abed, de Bouzina ou de Taxlent ; qui restent solidement attachées à certains coutumes et continuent d’honorer et de tenir en haute estime les traditions et les cérémonies fêtant l’avènement du nouvel an amazigh de la même manière que le faisaient nos mères et grand-mères. J’ai pu remarquer que chaque femme se doit, la soirée de la nouvelle année, de satisfaire entièrement la faim de les membres de sa famille en proposant toutes sortes de mets succulents en signe de bon augure. La gastronomie traditionnelle Chaouie est à cette occasion extrêmement riche : couscous au gueddid (viande séchée), chakhchoukha au poulet de ferme, El aïch ou encore M’gataâ avec soupe piquante et épaisse. La femme n’a que l’embarras du choix pour gâter les siens ; et dans ce cas, à mon avis, je trouve que c’est un acte chaleureusement convivial et très aimable de sa part. De plus, la tradition musulmane insiste sur que la femme soit au service de son foyer.

Yennayer veut dire la première lune ou soleil, Yen de yiwen, le premier et ayer de ayur = soleil ou lune. Yennayer est donc le premier de la lune ou du soleil.le premier jour de l’an Berbère.


© Hocine Ammari

Une conviction habituel dans la région des Aurès m’a énormément attiré qui consiste aussi à changer les pierres (M’nassab) du Kanoun (petit brasero en terre cuite), ainsi que sa cendre le premier jour de Yennayer que l’on célèbre dans la région des Aurès. Certains se contentent de jeter trois pierres en une seule fois tandis que d’autres jettent deux pierres au premier jour de Yennayer et une troisième au second jour, si cette dernière pierre se retrouve à côté des deux précédentes, ce sera le signe d’une année «maigre», mais si elle les dépasse, ce sera le présage d’une nouvelle année prospère. Une autre manière de présager l’avenir que réserve l’année nouvelle consiste, pour d’autres, à retourner une pierre et à interpréter ce que l’on retrouve sur sa face antérieure. Si l’on voit de petites fourmis, cela signifiera que le troupeau de moutons et de caprins se multipliera. Si les fourmis sont plus grosses ou si c’est un scarabée, cela indique que le nombre de bovins augmentera.

une autre tradition est pratiqué par les hommes chaoui qui consiste à la pratique des coups de feux en l'air “el baroud” répond à autant de raisons festives pour célébrer les fêtes traditionnelles des AURÈS les chaouis marchent avec un principe qui dit «On tire en l'air pour faire la fête, on tire sur toi pour faire la guerre.»,

La culture d’un peuple, dans ses traditions et ses pensées, demeure éternelle au fil du temps et des générations. ainsi est la région Auressienne et les réalités sociales propres aux Aurès, je vous invite à visiter la région des Aurès et je vous le conseille vivement. Cette région est un endroit riche en ressources naturelles, en paysages, mais pas uniquement. Sa diversité culturelle et ses traditions, ses savoirs, ses valeurs et leurs significations constituent un potentiel à découvrir et à exploiter. En tant que fille Auressienne chaouia, je suis fière d'être née en ayant des origines aussi riches et aussi fortunées de faire partie d’une culture amplie de somptueuses traditions et coutumes, d’une diversité du patrimoine culturel et d’une civilisation porteuse de valeurs humaines et morales, et ceci a été bien expliqué et illustré à travers une citation très connu de Jean D'Ormesson, un académicien, animateur, chroniqueur, écrivain et un philosophe romancier:

“ La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu'elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition comme la tradition a surgi du progrès.”

je mène à terme avec un petit poème que j’affectionne très particulièrement, qui décrit la beauté des Aurès en quelques vers dédiés à la région Auressienne de la part de l'écrivaine algérienne Nassira Tolba :

Ici

Esseulée, sur la rive de la vallée

Je m’incline, j’obéis au cœur embrasé

Au gré des distances, des songes et des nuits

L’éloignement affecte mon esprit, j’écris :

Là-bas

Un étrange lac habillé de nénuphars,

Les flots verts inondent le fond de son regard

D’où s’évaporent l’ivresse et l’or du soir

Hissant haut la lyre comme un encensoir.

Là-bas

Alors qu’une goutte glisse et se pose

Sur la joue vêtue de rouge et de rose,

Les rêves débordent sur les paupières

Et l’amour réjouit l’émeraude du désert.

Là-bas

Le lac s’endort, ferme les pétales de son cœur

La rosée déchire le silence des fleurs

Ouvre le bal par un prélude d’Orphée

Grisant l’oasis du lac ensorcelée


Article par : Insaf Maissa Messaoudi