MOHAMMED OTMANI : INTERVIEW AVEC LE CHEF D'ORCHESTRE MAROCAIN AU MUSIQUE ANDALOUSE


Crédit image © Zoubir ALI

Un artiste qui est entrain de bien façonner son nom dans le monde de la musique classique arabo-andalouse au Maroc, issu de la capitale culturelle et spirituelle du royaume Fès, âgé de 42 ans, né au sein d’une famille religieuse, fidèle à la conservatrice patrimoniale, ce qu’il l’a nourrit dès son jeune âge, de la préservation de cette culture ancestral qui règnent dans sa ville majestueuse depuis des siècles.


D’un très jeune élève de la musique andalouse, au chef d’orchestre reconnu, un parcours riche d’apprentissage, formation et d’exploits, le côtoiement des grands maîtres de cette

musique l’a forgé et rendu une personne très respecté et sollicité dans la scène musicale traditionnelle marocaine et maghrébine.

Bonjour Mohammed, parlez-nous de vos débuts dans le monde culturel en général, et musical en particulier ?


Tout d’abord je vous remercie infiniment pour cette occasion afin d’être l’un des invités sur votre agréable site et magazine, pour mes premiers pas dans le monde artistique c’était l’apprentissage par l’écoute des ‘’maàlmines’’(les grands maîtres de la musique andalouse et de Malhoune) qui ont l’habitude de venir chez mon père Haj Abderrahim que Dieu ait son âme, puisqu’il a été un membre d’orchestre Haj Abdelkrim Rais pour faire les répétitions et même des soirées privées de notre famille…

En parallèle j’ai eu mon bac en arts plastique, j’ai poursuivi mes études académiques dans le domaine de l’architecture et l’urbanisme …

Ma mère que Dieu la préserve a découvert mon don musical, dont elle m’a aidé à pénétrer dans le monde de la musique, et rejoindre le conservatoire de Fès puis de Rabat, et fini par l’obtention de prix d’honneur dans la musique arabo-andalouse, niveau 8ème année violon et premier prix de solfège et cette année je continue mes études d’harmonie …

Quel est l’avantage d’apprendre les notions de la musique universelle, comme le solfège, dans la music andalouse, transmise puis enseignée depuis le temps par l’écoute ?


Apprendre les notions de la musique universelle a plusieurs impacts positifs sur celui qui exerce le métier d’une part, parce qu’il donne une autre vision sur l’art, qui a été toujours transmis de bouche à oreille, et malheureusement il a subit beaucoup de changement suivant celui qui enseigne cette culture, et d’autre part pour la préservation de notre patrimoine, et participer à son rayonnement universel, donc il fallait pousser dans ce sens ! Sans oublié le moment ou on veut faire des arrangements ou des participations avec des étrangers, ou nous devons faire appel à la science de la musique mondiale…

Aussi c’est grâce à la notation que le Maroc a pu préserver tout le répertoire des Noubas andalouse en 2018 par des maîtres de cet art tel que Mr Younes Chami, Mr Mohamed Briouel, Mr Jamal Ben Allal, Mr Omar Metioui et moi par un ouvrage intitulé ‘’Naoubat Istihlal Angham Wa Aàlam’’(La nouba de Istihlal, Mélodies et Grand maîtres).

Racontez-nous votre parcours intéressant depuis le début, jusqu’à ce jour autant que chef d’orchestre ?


Après que j’ai terminé mes études au centre pédagogique régional et des années de travail et d’expérience avec des orchestres sur Fès et ailleurs autant que musicien, en 2005 j’ai décidé de former un groupe avec des jeunes artistes passionnés de l’art et de la créativité sous le nom « Orchestre jeunes de Fès pour la musique andalouse » qui est devenu après 10 ans de pratique musicale jusqu’à nos jours « Orchestre Maitre Mohammed Otmani des musiques traditionnelles », au cours de cette période et précisément en 2010, j’ai créé une association qui a participé à des projets liés à la société civile, et contribué aussi à des formations des enfants ayants des besoins spéciaux, ce qui signifie que mon groupe reste au service de la société et au services humaines…

Aussi dès la création de ce groupe nous avons eu de la chance pour représenter cet art ancestral dans les scènes nationales et internationales grâce à un effort collectif de chaque membre, puisque notre mission est la préservation de ce patrimoine, au même temps donner notre vision en tant que jeunes sur les scènes n’était pas facile surtout avec la confiance que nous avons obtenu des différents acteurs du domaine culturel et la présence des grands orchestres …

Un autre défi majeur sur lequel nous travaillerons, se manifeste dans les répétitions et la recherche des partenariats culturels avec les orchestres ou associations au Maroc et les pays qui partagent avec nous cet héritage pour assurer sa continuité ainsi que pour réparer ce que la politique gâche parfois…

On constate votre diversité entre le classique en Nouba, Hawzi et le Malhoun , qui sont ce qui vous ont inspiré des grands maitres ?


Merci pour cette question qui va me permettre remercier mes professeurs et maitres qui ont un grand impact sur ma carrière surtout ceux qui m’ont poussé à cette stratégie pour être un artiste diversifié, et je peux les citer : mon premier professeur est mon père, l’un des grands artistes de la musique andalouse et Chekh de Malhoune que j’ai étudié chez lui au conservatoire pour plus de 7 ans, et mon Chekh le grand artiste Moulay Ahmed Mergaoui qui est aussi violoniste et chanteur de Chegoughi (chant des juives marocains)…

Sans oublié mon professeur de violon classique le virtuose Moulay Idris Oueryagli, et plusieurs d’autres que j’ai appris les secrets de la musique et les différentes styles par l’écoute de leurs œuvres comme les grands maitres de l’Algérie (Sidi Ahmed Seri…) ou la Tunisie (Lotfi Bouchnak...) ou même autres maitres le maestro Tom Cohen…


Quelles sont les stations et les participations les plus marquantes dans votre carrière ?


Les participations les plus remarquables dans ma carrière ! je peux vous citer par exemple les différentes éditions du festival de Fès

*2009 des concerts à New York – Los Angles – San Francisco avec l’association Mena Music

*2010 Festival ‘’Nuba De Amor’’ en Espagne avec l’association des amateurs de la musique andalouse.

*2013 Anniversaire de l’indépendance de l’Algérie et un autre festival en 2015 avec l’association Al Bchtarzia

*2014 un spectacle à Dar L’opéra de Caire avec l’association Al Baat.

*2017 une participation avec la fondation l’héritage Andalou en Espagne et avec la même fondation en 2019 lors d’un festival de l’association Errachidia de la Tunisie.

Avez-vous collaboré avec des artistes ou d’autres groupes au Maroc ou à l’étranger ?


Bien évidement notre groupe a était toujours avec les collaborations avec les artistes et les institutions de la culture, comme j’avais cité, on a participé à la ville de Koléà d’Algerie avec l’orchestre de l’association présidé par notre ami Yazid Hamoudi et mon premier ouvrage « la musique andalouse de Maggheb et d’Algerie » a était publié en partenariat avec la talentueuse Nawel Gadiri d’Alger.

En Tunisie lors de notre participation avec la chorale Andalucia de Maroc on a partager la scène avec des grands artistes tels que le chanteur célèbre Abbas Righi et maestro Makram El Anssari.

Au Maroc aussi on a travaillé avec des grands maitres et artistes comme Mr Abdesslam Khaloufi de Tanger, Haj Mohamed Bajdoub de Assafi, Samia Ahmed de Agadir, Dalila Meksoub de Oujda et beaucoup d’autres créateurs même dans des styles outre que la musique andalouse comme Chekh Mohamed Benis du Madih et Samaà( chant religieux) et l’artiste Abdessamad Hadif l’un des préservateurs de Issaoua (genre folklorique du Maroc)…


Avez-vous une discographie, ou des enregistrements télé ou radios ?


Vu l’importance de la documentation en cette période, et dans le cadre d’approcher le patrimoine au grand public, j’ai travaillé sur la production des albums, le premier est consacré au « Madih et Samaà », le deuxième « des extraits de musique andalouse avec le Ghernati -ou musique Sanaà comme nos amis les algériens préfèrent la nommée-» , et le troisième sous le nom de « Amour en Andalousie ».

A propos de la radio j’étais invité par des chaines : Medi 1 Radio sur l’émission Mozaik et autre chaine comme MFM Sais et Chada FM .

Dans notre parcours artistique aussi nous avons participé à des émissions dans la télé comme Sada Al ibdaà, un programme religieux à la chaine télévisée Al Sadissa, et Alhane Acheknaha sur 2M et 60 minutes pour l’art sur Medi 1 Tv…

Comment avez-vous géré artistiquement la période du confinement, et avez-vous maintenir l’énergie musicale ?


Même si le début de confinement à été très difficile , mais avec le temps j’ai terminé le programme annuel d’enseignement à distance avec mes élèves et en parallèle j’ai produit une chanson sur Corona pour contribuer à la sensibilisation des gens sur les dangers de ce virus avec mes paroles et arrangent en mélodie andalouse publiée dans un écran partager avec une superbe participation des élèves et des musiciens de renoms.

Dans le même objectif afin de maintenir l’énergie musicale, j’ai participé avec plus de 175 professeurs de l’éducation musicale à une chanson nationale « Malhamat El Amal » et autre chanson « Sonnaà A Tahadi » et « Sa Nantassiro Hatman » , toujours dans le cadre de la création lié à cette pandémie que nous prions Dieu protéger tout le monde de ses conséquences !

Des projets à prévoir après cette crise ?

Espérant que cette crise ne dure pas longtemps , parmi les projets que j’essaye de les achever : Mon 3ème ouvrage « les précieuses mélodies arabo-andalouse » dédié à un public francophone.

Un programme varié des chansons maghrébines avec des nouveaux arrangements.


Article par: Mehdi FELFOUL