JENNA SURU, UNE JEUNE CINÉASTE ENGAGÉE QUI NE SEMBLE PAS AVOIR DE LIMITES


©Serge Angeloni

La magie du 7eme art, réside dans la manière de raconter une histoire, de transmettre des émotions oscillant entre la peur et la peine, l’amour et l’espoir, à travers des personnages et leurs faits, dont les plans viennent éblouir les cœurs et les regards. Mais sommes-nous toujours fascinés par les récits de la même manière? Après les contes, le théâtre, le chant ou encore la lecture, le cinéma s’impose dans le temps moderne. De fait, la projection de succession photographique devient la projection qui reflète la vie de la société dans toute sa complexité et diversité.

C’est la tâche à laquelle Jenna Suru travaille. Entre l’écriture des scénario, la production cinématographique et ses rôles en tant qu’actrice, Jenna Suru, nous apparaît aujourd’hui comme une cinéaste complète et perfectionniste. Par son génie et sa créativité prometteuse, elle dessine progressivement son empreinte à l’échelle internationale. À cet égard, son film l’Âge d’Or primé, sa prestation dans la série commémorative La Libération de Paris ou encore sa direction du Festival International du cinéma, révèlent à l’aune des engagements éthiques qui en sont la motivation, une cinéaste engagée.


Bonjour Jenna. Tout d’abord nous tenons à vous remercier pour l’entretien que vous nous accordez. Présentée à la fois comme réalisatrice, productrice, actrice, pouvez vous aborder avec nous vos débuts dans le cinéma ?


Tout d’abord, merci beaucoup de m’avoir invitée dans Monokrome Magazine ! Agée de 16 ans, alors que je suivais les cours de théâtre au Cours Florent à Paris, j'ai décidé de quitter la France pour Los Angeles. Là a commencé le début de l’aventure. Étudiante à l’Academy of Dramatic Art de Los Angeles, inspirée par les plus grands, européens et américains, tels que Meryl Streep et Marion Cotillard pour le jeu d’acteur, Ken Loach, François Truffaut ou encore Damien Chazelle pour la réalisation, j’ai candidaté comme assistante de production. C’est comme cela que je suis entrée dans ce que beaucoup appelle « le monde du cinéma », à savoir en tant qu’assistante de production avec Dahn et Alimi Ballard sur leur émission de télévision « L’expérience avec Dahn et Ali ». Ensuite, j’ai poursuivi mes études de Management des Médias à l’ESCP Europe, au cours desquelles je me suis familiarisée avec l’industrie du cinéma et de la télévision. À cet effet, j’ai eu plusieurs opportunités professionnelles chez Panavision, Gaumont et SND (Groupe M6). Ces expériences ont été extrêmement inspirantes et m’ont aidé à développer les compétences et les connaissances dont j’avais besoin, que ce soit dans la production, le marketing, ou encore la distribution. C’est aussi ce qui m’a inspiré à dire que le cinéma est « une industrie qui tient sur 3 pieds : l’art, la technè, et le marketing». En tant que cinéaste, je pense qu’il est important de garder ces 3 dimensions à l’esprit et de s’entraîner dans ces différents domaines.


Quelles sont les productions marquantes que vous avez réalisées ou auxquelles vous avez participé jusqu’à maintenant ?


Tout d'abord, je suis productrice de deux courts métrages anglais, Spitball financé par le Northern Ireland Screen et Bigger Picture avec Robert Sheehan (The Umbrella Academy, Misfits). Ensuite, j’ai créé ma société de production de longs-métrages Belle Époque Films en janvier 2015, alors que je vivais à Londres. Cette année-là, j’ai aussi produit la Première de la pièce de théâtre Happy à Los Angeles, publiée par Samuel French. Mon projet le plus ambitieux est sans aucun doute mon premier long-métrage, L'Âge d'Or.




« L'Âge d'Or » , tel est le titre de votre long-métrage si bien accueilli par la critique, qui aborde la production culturelle auprès des artistes au cours des années 1960. Pouvez-vous nous en parler : sa genèse, son tournage, le choix des lieux et tout particulièrement de Saint-Tropez ?


Affiche L'Âge d'or 2019

L’un des points clés de la reconstitution de l’univers des années 1960 pour le film a été de trouver les lieux idéaux pour le tournage. Je souhaitais que ces lieux soient parfaitement authentiques, pour restaurer l’atmosphère des années 1960, et faire vivre ou re-vivre cette atmosphère unique au public. Après beaucoup de recherches et de repérages, nous avons tourné le film dans 35 lieux différents. Saint-Tropez a été une inspiration très importante pour moi en tant que cinéaste pour créer L’Âge d’Or. La découverte de ce village, autrefois petit port de pêche, devenu ce hub artistique pour les plus grands artistes internationaux, a changé ma vie. C’est un village tout simplement unique, où de si grands artistes se sont réunis pour créer des chefs-d’œuvre, où encore tourner des films tels que « Et Dieu créa la femme » avec Brigitte Bardot. Filmer là-bas et dans les 35 lieux exceptionnels du film a été l’une des expériences les plus extraordinaires de mon jeune parcours artistique.

En ce qui concerne les effets sonores, cela a été un véritable défi car il est impossible de re-créer le Saint-Tropez des années 1960 sans musique. J’ai ainsi fait le choix des meilleurs artistes de l’époque dont Chuck Berry, Jimmy Reed et ensuite J’ai recréé un groupe britannique composé d’un chanteur, d’un guitariste, d’un batteur, d’un bassiste et d’un pianiste. Nous avons enregistré les chansons du film en studio, avec les guitares de notre partenaire Gibson, pour coller au plus près de l’atmosphère musicale années 60.


Quels sont vos participations et prix obtenus pendant votre parcours ?


Je vous remercie pour cette question. La reconnaissance obtenue pour un film, surtout un premier long-métrage, est un immense cadeau très important pour la suite du parcours du film. L’Âge d’Or a été projeté à Cannes l’année dernière pendant le Festival, ce qui été un accomplissement incroyable, non seulement en raison de la renommée du Festival et du Marché, mais aussi parce que j’aime Cannes pour de nombreuses raisons personnelles. C’est l’une des villes de la French Riviera, auquel le film rend hommage.

L’Âge d’Or est maintenant un long-métrage multi-récompensé aux États-Unis et en Europe. Faire le Gala d’Ouverture du Festival du Film indépendant de Londres en mars dernier avec le film faisait étonnement écho à la situation que nous vivions partout dans le monde, à savoir le besoin de changement et de solidarité, alors que nous entrions dans la pandémie. C’était comme si le film était soudainement mis dans une perspective encore plus profonde, dans la lutte des personnages pour « changer ce monde qui tourne à l’envers », pour reprendre leurs termes.


Votre participation aux cotés de Mathilde Seigner et Alice Bénézech notamment, est une excellente opportunité pour glaner quelques conseils et bénéficier du savoir faire des actrices de renom. Comment avez vous vécu cette expérience ? Quel en sera l’effet sur vos productions à venir ?


L’épisode de Mathilde est sorti samedi dernier, et celui d’Alix cette semaine, juste avant la Commémoration officielle de mardi, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. La lecture de la lettre de Roger, fusillé le jour-même de son écriture en 1944, est poignante. C’est un témoignage bouleversant, difficile de voir cet épisode sans verser une petite larme. De même pour l’épisode d’Alix, hommage à Hiroshima, sa performance est bouleversante et accompagnée d’un magnifique solo de violoncelle. À toutes et tous qui nous lisez, n’hésitez pas à voir, écouter et partager cette minisérie commémorative, afin de faire vivre celles et ceux dont nous sommes les héritiers. De plus, travailler aux côtés d’artistes exceptionnels comme Mathilde et Alix est pour moi une immense source d’inspiration, et m’encourage à me dépasser dans mes futures interprétations et réalisations. Je me réjouis de travailler de nouveau aux côtés d’artistes aussi talentueux.


Quels sont vos projets à venir ?


Dans la continuité de mes engagements éthiques, je fais la promotion d’un cinéma respectueux de l’environnement à travers le mouvement #FilmGreen. De fait, j’encourage le monde du cinéma à passer au vert avec la charte du label Ecoprod, dont ma société Belle Epoque Films est signataire. Cela se traduit par une meilleure exploitation de la lumière et des décors naturels, ainsi que le zéro-déchet et le zéro-papier, avec le recours respectif à des produits recyclés ou recyclables et aux applications numériques. À cet égard, le film L’Âge d’Or, est certifié Ecoprod. De plus, je suis la directrice du Festival international du film de Paris, qui se tiendra en février 2021 et qui présente des courts et longs-métrages, dont les valeurs éthiques de diversité et de respect de l’environnement sont visibles devant comme derrière la caméra.


Quel regard porté vous sur le « cinéma arabe » actuel ?


Il existe un cinéma arabe actuel qui est riche et dynamique Pour L’Âge d’Or, nous envisageons bien sûr entre autres une distribution du film dans les pays arabes, au Maghreb notamment. On y observe aujourd’hui une multiplication des salles de cinéma et d’associations de ciné-club, ce qui est encourageant. Enfin, je suis régulièrement ce qui y est produit, que ce soit le cinéma libanais, marocain, algérien… dans la mesure où nous partageons un public commun, à savoir un public francophone et un public qui peut se reconnaitre dans les causes communes que nous défendons.


Merci Jenna pour cet aimable échange, avez-vous un dernier mot à adresser à nos lecteurs ?


Merci à vous pour m’avoir accordé cette interview et à vous (lecteurs) de nous lire ! Surtout, prenez soin de vous ! Nous faisons tout notre possible pour continuer à vous faire rêver, depuis le confort sécurisé de votre canapé. Je vous retrouve bientôt pour Canneseries, pour qui je travaille depuis le lancement de la première édition en 2018, au Palais des Festivals de Cannes le 9 octobre prochain, accessible en ligne sur le site de Canneserie Live.


Article par : Mehdi Felfoul