CHOPIN… LE COMPOSITEUR DE L'ÂME


© gunthert

« On a dit avec raison que le but de la musique, c'était l'émotion. Aucun autre art ne réveillera d'une manière aussi sublime le sentiment humain dans les entrailles de l’homme ; aucun autre art ne peindra aux yeux de l'âme, et les splendeurs de la nature, et les délices de la contemplation, et le caractère des peuples, et le tumulte de leurs passions, et les langueurs de leurs souffrances. Le regret, l'espoir, la terreur, le recueillement, la consternation, l'enthousiasme, la foi, le doute, la gloire, le calme, tout cela et plus encore, la musique nous le donne et nous le reprend, au gré de son génie et selon toute la portée du nôtre. Elle crée même l'aspect des choses, et, sans tomber dans les puérilités des effets de sonorité, ni dans l'étroite imitation des bruits réels, elle nous fait voir, à travers un voile vaporeux qui les agrandit et les divinise, les objets extérieurs où elle transporte notre imagination. » George Sand, Histoire de ma vie.

Quand j’écoute les œuvres de Chopin, je m’aperçois très vite de la complexité et la profondeur que donne sa musique. Des « Ballades » qui nous hantent, des « Études » venues d’ailleurs, et des « Nocturnes » qui nous transpercent le cœur pour qu’au final arrivent à nous caresser l’âme…

Toute la dimension spirituelle que nous pourrons donner à la musique prend tout son sens à travers les compositions de Chopin de par son isolement et sa solitude, il a été enfermé dans son piano, tout ce qui était extérieure lui était étranger ! contrairement à un Franz Liszt qui dévorait la vie sous toutes ses coutures. Et qui d’ailleurs louait chez Chopin ce courage qu’il a eu de ne quasiment composer que pour le piano ;

« En se renfermant dans le cadre exclusif du piano, Chopin fit preuve d'une des qualités les plus précieuses dans un grand écrivain et certainement les plus rares dans un écrivain ordinaire : la juste appréciation de la forme dans laquelle il lui est donné d'exceller. Pourtant, ce fait dont nous lui faisons un sérieux mérite, nuisit à l'importance de sa renommée. Difficilement peut-être un autre, en possession de si hautes facultés mélodiques et harmoniques, eût-il résisté aux tentations que présentent les chants de l'archet, les alanguissements de la flûte, les tempêtes de l'orchestre, les assourdissements de la trompette, que nous nous obstinons encore à croire la seule messagère de la vieille déesse dont nous briguons les subites faveurs. Quelle conviction réfléchie ne lui a-t-il point fallu pour se borner à un cercle plus aride en apparence, déterminé à y faire éclore par son génie et son travail des produits qui, à première vue, eussent semblé réclamer un autre terrain pour donner toute leur floraison ? Quelle pénétration intuitive ne révèle pas ce choix exclusif qui, arrachant certains effets d'orchestre à leur domaine habituel où toute l'écume du bruit fût venue se briser à leurs pieds, les transplantait dans une sphère plus restreinte, mais plus idéalisée ? Quelle confiante aperception des puissances futures de son instrument n'a-t-elle pas présidé à cette renonciation volontaire d'un empirisme si répandu, qu'un autre eût probablement considéré comme un contresens d'enlever d'aussi grandes pensées à leurs interprètes ordinaires ! Que nous devons sincèrement admirer cette unique préoccupation du beau pour lui-même qui, en faisant dédaigner à Chopin la propension commune de répartir entre une centaine de pupitres chaque brin de mélodie, lui permit d'augmenter les ressources de l'art en enseignant à les concentrer dans un moindre espace ! » extrait de F. Chopin par Franz Liszt 1850.

Liszt avait tout compris de la même manière que Debussy dira « c’est le plus grand puisqu’avec un seul piano, il a tout inventé. », ces gens avaient conscience de cet univers clos mais totalement infini ! paradoxale non ?!

Tout l’art de Chopin est à l’image de son Prélude Opus. 28 N° 7. C’est un morceau d’une légèreté déconcertante, une petite pensée presque. Quand je l’ai écouté la première fois j’ai tout de suite compris ce que le mot ‘’paradoxe’’ signifie par rapport aux œuvre de ce compositeur hors normes, l’Opus. 28 N° 7 ne dure que 37 secondes, et on pourrait passer une éternité à en parler, la première et la dernière seconde de ce morceau se donnent presque la main ! Chopin composait la naissance et la mort au même temps, entre une profonde dépression et une joie quasi statique.

« Il a fait parler à un seul instrument la langue de l’infini ». Extrait de l’Histoire de ma vie, George Sand.


Article par : Bizek Debili