AMAR EZZAHI : LE MAGICIEN DES MÉLODIES…ET DES CŒURS


Imaginons le Chaabi (courant de musique populaire algérois) sans le défunt cheikh Amar Ezzahi, est-ce possible ?

Une question insensée qui a une réponse bien évidente qui est « NON » chez les fidèles mélomanes de cet art si particulier, qui rentre dans la socio-psychologie d’une population, profondément influencée par les traditions socio-culturelles.

Le courant musical populaire Chaabi intervient comme le miroir du quotidien. Ce courant représente à lui seul, une façon de penser, agir, réagir, aimer. De plus, il est accessible à toutes les catégories de la société. Dérivé initialement de la musique andalouse et se basant sur les textes soufis ou Zedjel, des poètes de Melhoun à l’image de Sidi Lakhder Ben khlouf, Ben Sahla ou Elmaghraoui et autres, ce mouvement s’impose au début des années 1920/30. Parmi les précurseurs nous pouvons évoquer Nadour, Mrizek et El Anka qui a influencé et transmis son savoir à toute une génération de passionnés, parmi lesquel Amar ezzahi faisait partie.

Amar Ait Zai, né en 1941 à Ait Bouames dans la wilaya de Tizi Ouzou, grandit suite au déménagement de sa famille à Alger, dans un milieu musical populaire. Malgré son jeune âge, il entreprend dès l’indépendance une carrière musicale, dessinant progressivement une étoile éternelle dans le ciel artistique de la musique algérienne.

Surnommé « Amimer » , ou bien encore « Ezzahi » en raison de l’atmosphère joyeuse créé lorsqu’il tient son mandole et éblouit par son chant mélodieux et sa voix harmonieuse son public, il lance sa carrière dans les années 1960 et 1970. Son interprétation brillante des chansonnettes ou bien des qacid (poèmes) donne un timbre exceptionnel à ce genre de musique. Il se fait magicien en créant un style de jeux et de chants qui a séduit de nombreux mélomanes, de toutes les catégories, ainsi que les jeunes interprètes qui s’inscrivent dans sa lignée, notamment Kamel Aziz.

Ce style que « Cheikh Amer Ezzahi» a imposé, est un mélange entre son génie et l’influence des autres artistes qui l’inspiraient et l’influençaient en l’occurrence El Ankis, BADJI, Mahboub Bati .il a choisi par contre un autre chemin, qui est le chemin profond de la vie et de ses leçons fondamentales , marqué par son incomparable modestie et son charisme unique, traduisant cela à sa grande noblesse bien reconnue.


Cheikh Amar Ezzahi a façonné son art en or, par toutes les leçons qu’il a donné pendant sa vie, qu’il a mis au service de l’art, la parole et la mélodie populaire au cours desquelles il émerveillait par ces techniques vocales, sa voix berçante et ses sonorités magiques, qui fascinaient ses fans.

Dans son parcours, au cours duquel il n’a réalisé que quelques enregistrements en studios, évitant les médias, malgré sa notoriété incontestable acquise, il avait choisi la discrétion et le sacrifice pour l’art et le Chaabi qu’il coulait dans ses veines et son comportement. Unique en son genre et caractérisé par sa grandeur d’ame, Cheikh amar ezzahi, ou comme on l’appelle le maitre du pays « CHIKH EL BLED », devenu une référence populaire éternelle par excellence, s’est éteint paisiblement un 30 novembre 2016, à son domicile au rompe vallée à Alger, à l’âge de 75 ans, laissant derrière lui un héritage musical exceptionnel pour toutes les générations.


Article par : Mehdi FELFOUL